Mon texte est le commentaire de la dernière phrase de Jacques Lacan, qui conclut le texte « de la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité » qui date de 18 December 1967, qui est publié p 359 de autres écrits,
« L’analyste se fait le gardien de la réalité collective, sans en avoir même la compétence. Son aliénation est redoublée – de ce qu’il puisse y échapper. »
Je ferais deux dessins, qui sont structurellement les mêmes : un tore troué en forme de carrefour de bandes, et le tore qui enferme les deux cercles de RSI dans l insu :
Ce dessin du carrefour de bandes est une forme de RSI, du nœud borroméen : il est constitué par le bord de ce que l’on appelle un carrefour de bande, soit un tore muni d’un trou. Dans cette figure le trou a été agrandie au plus large, sans modifier la structure, soit la surface bilatère qui enserre deux trous, celui de l’âme et celui de l’axe. Avec deux liens de ces trous, le carrefour de bande devient une forme du nouage de RSI.
La figure permet de comprendre comment le retournement du tore échange les trous, et organise la figure des deux tores enlacés. Il me semble que cette figure permet de comprendre comment les discours sont au nombre de 4, et comment à chaque fois le retournement peut être la manière dont le passage s’effectue d’un discours à l’autre, et à ce titre avec l’éclair du discours analytique à chaque fois ! (ce n’est pas mon sujet, j’y ai travaillé au congrès sur la jouissance de septembre 2004 : les discours sont en topologie torique).
Cette figure illustre la « réalité collective » soit cet espace dans lequel chacun, chaque sujet, est à même de déployer sa version d’une réalité, (issu de son fantasme certes) avec une certaine relation (de discours) avec les autres du monde. Topologiquement le trou est au plus grand, la cure a procédé à l’évidemment de l’objet, du discours tout autant, dans un processus de soustraction de. Matière pour la figure, de jouissance pour …. (Non liquet). Le terme important est l’extension du vide, la fonction « soustractive ».
Le second dessin, structurellement le même que le précédent a été commenté longuement par Lacan dans l’Insu.
Il s’agit d’une présentation de RSI où l’un des ronds, transformé en tore, a permis de retourner son étoffe jusqu’à enfermer à l’intérieur de son « âme », les deux autres ronds. Je me suis contentée de rajouter pour l’exercice un petit trou dans cette étoffe. C’est ce trou qui étendu au maximum du tore, autorise la similitude avec le dessin précédent.
More, ce dessin est une coupe verticale d’un objet qui ressemblerait à un ballon muni de deux trous où le nouage intérieur est invisible. Ce ballon, je le prendrai avec le petit trou supplémentaire de la déchirure de la surface comme une version de l’écriture du fantasme, un sujet et un objet qui fait trou ! Ce serait la compétence du psychanalyste de permettre que ce trou puisse s’agrandir au point de faire apparaître la structure, puis de permettre les retournements et d’organiser le dévoilement de la jouissance. Notez que dans cette figure cachée, il reste deux trous, (qui peuvent se lier à la pulsion comme orale ou anale). Lacan nomme cette présentation du tore « tore-trique » soit celle où le trou axial est représenté par un tunnel. C’est ce tunnel qui organise nos corps autour du trajet du tube digestif (comme disent les médecins). C’est aussi ce trajet que Freud nomme du côté de la névrose obsessionnelle comme paradigme des « transpositions inconscientes »
C’est en ce sens que le psychanalyste n’a pas la compétence de l’espace de la réalité collective. Le commentaire peut tout simplement s’appuyer sur la négation, de cette deuxième phrase « de ce qu’il puisse y échapper ». On attend le « ne » explétif et cette attente (vérifiée quatre fois) est le témoin du paradoxe que Lacan nous montre ainsi. Comment faire groupe, « collectivité » avec des slogans qui ne sont jamais, quand ils arrivent au niveau de la réalité collective, que des négations : pas de rapport sexuel, pas d’autre de l’autre, pas de contre-transfert, pas …… dans la réalité collective un trait se doit d’être positif, et le psychanalyste ne peut dire à la réalité collective que des négations ! Logiquement une négation n’est pas l’envers d’une seule affirmation, mais de plusieurs voire d’une infinité, et ce passage condamne le psychanalyste à l’incompétence politique. Dans la réalité collective il n’y est plus que comme sujet, citoyen comme tout un chacun j’espère.
Mais « son aliénation est redoublée ». Dans une cure en effet, le psychanalyste a pris la fonction de se faire support de cet objet @, de ce trou qui va en s’élargissant, il se fait témoin du devenir d’un sujet jusqu’à sa disparition. Il le sait, qu’il va disparaître de cette fonction, et il sait que le sujet dont il est le témoin dans cette extension du trou (dans ce point de vue) va organiser du fait même de sa cure, et de son dévoilement, une activité, une manière de réalité (tissée par le fantasme) qui trouvera sa place dans la réalité collective.
Et bizarrement il fait profession de cette transformation qu’il propose à tout un chacun, sauf que du coup, il peut échapper à cause de sa fonction de dévoilement. Il peut échapper au fait de devoir trouver, inventer, (quant à lui) une manière d’accorder ce qu’il en est de son fantasme (de sa manière de contrôler la jouissance) avec la réalité collective. Le psychanalyste en quelque sorte de par sa fonction voit, sait, prend conscience, de ce passage d’une version subjective du nouage (secret du deuxième dessin) à sa version ouverte, trouée qui s’accroche et trouve sa place dans la réalité collective. Son aliénation est redoublée, parce qu’il fait profession du passage, et donc y échappe, quant à lui, quant au destin de sa manière de jouissance. (Qui peut échapper à la place dans le collectif) !
Y échappe-t-il vraiment au bout du compte est une autre question. Doit-il y échapper aussi … à cet endroit nous retrouvons tous les clivages politiques imaginables dont la psychanalyse ne peut donner garantie. Parce que de nouveau, en tant que psychanalyste, il ne peut dire qu’une négation : « Y a pas d’Autre de l’Autre ». L’Autre qu’il met en exergue de sa garantie, il est de l’acte de chacun, psychanalyste ou pas, de le faire exister, sauf que le psychanalyste sait qu’il ne s’agit pas d’un Autre qui s’impose, mais que le sujet s’impose à lui-même ! De par la structure certes.
Les psychanalystes sont bien les gardiens de la réalité collective mais comme espace, comme lieu où se nouent les destins des sujets que nous accompagnons, certes pas à rien dire de ce qu’il faudrait y montrer ou y dire… sinon comme citoyen soi-même.
On voit bien aussi, il me semble, comment de faire une analyse est déjà un acte politique du fait même de permettre ce passage où l’aliénation à la réalité collective n’est pas pensée en terme d’inhibition, mais au contraire en lieu. « Subversion du sujet » !
Ce petit intermède topologique m’a été inspiré par la manière toute psychologique dont les commentateurs ont habillé le « non » français au référendum sur la constitution européenne. Jeanne Lafont.















